LOGO-AC-DE%CC%81GRADE%CC%81-TRANSPARENT_edited.png
Capture d’écran 2022-01-30 à 08.47.01.png
Ps-france-2016.svg.png

Lettre ouverte à M. Macron

A Monsieur Emmanuel MACRON


Président de la République Française


Président du Conseil de l’Union Européenne


Palais de l'Élysée
55 rue du Faubourg-Saint-Honoré


75008 Paris, France
 

Tourcoing, le 28 janvier 2022


Objet : Réunion des ministres de l’intérieur de l’Europe à Tourcoing le 02-02-22


Monsieur le Président,


Vous réunissez à Tourcoing les 27 ministres de l’intérieur européens sur le sujet de l’immigration et de la refondation de l’espace Schengen. Notre Ville est honorée par l’éclairage médiatique que ne manquera pas de susciter cet aréopage de responsables politiques avec le Président à la fois de la France et du Conseil de l’Union Européenne.
Mais cette visite crée un certain malaise :
 faire de Tourcoing le centre névralgique des questions d’immigration ne manquera pas d’inscrire dans les esprits un lien entre notre Ville qui souffre déjà de représentations négatives, et la question migratoire, exploitée de manière nauséabonde par une partie des politiciens de droite et de l’extrême-droite, tant en France qu’en Europe. Cependant Tourcoing a connu des décennies de richesse en faisant venir des travailleurs étrangers : les usines textiles ont fonctionné avec jusqu’à 18 nationalités différentes dans le plus parfait respect des lois de la République dont la laïcité. Un exemple qui devrait être rappelé.
Mais il y a plus important : travailler la question des migrations avec les seuls ministres de l’intérieur est déjà l’affirmation d’une politique : c’est la réduire à une question d’ordre, de contrôle et de répression.
- C’est dire on ne peut plus clairement que les immigrés sont un danger et induire le lien entre immigration et délinquance. C’est donc donner de l’écho aux thèses de l’extrême-droite. C’est une faute politique et morale que fait le nouveau président de l’Europe, et il la fait dans notre bonne ville. 

- C’est valider et prolonger les politiques qui tournent le dos à la déclaration des droits de l’homme en ne protégeant pas ceux qui se réfugient en France et en Europe face aux menaces sur leur vie. Pire, en les traitant de manière honteuse (dans notre région Calais en est une belle illustration).


- C’est accréditer la thèse du grand remplacement, idée délirante qui s’insinue dans les croyances. Les chiffres démontrent qu’au contraire, nos pays n’ont jamais si peu accueilli de migrants. La France est « l'un des pays d'Europe de l'Ouest où l'immigration est parmi les plus faibles (13% au sens de l'ONU, contre 10% pour l'Italie, 14% pour le Royaume-Uni ou 18% en Allemagne). En 2019, elle se situe ainsi au 16e rang des pays d’immigration dans l'Europe des 28 ». Quand bien même nous devrions leur ouvrir plus largement nos portes, nos richesses, nos infrastructures le peuvent aisément. C’est une question de volonté, pas de moyens.
- La réalité c’est, selon le ministère de l’Intérieur lui-même, que sur la période 2010-2019, la population française a augmenté chaque année de 0,4 personne pour 1 000 habitants du fait du solde migratoire apparent. Où est la vague qui nous menace ?


- En diminuant le nombre de visas de façon drastique, la France crée volontairement une augmentation du nombre de sans-papiers qui justifie sa politique d’exclusion et la répression à l’égard de migrants. Est-ce le modèle que vous voulez étendre dans les pays européens ?


-C’est ne pas vouloir travailler la question sur le fond : les questions migratoires doivent être analysées et traitées dans leurs causes et non sous le seul angle répressif :

  • Avec les ministres des Affaires Étrangères car les tensions et conflits internationaux les expliquent pour partie.

  • Avec les ministres de l’Environnement car l’impact du réchauffement climatique crée des zones de famine que fuient les populations, et cela ne peut que s’aggraver à l’avenir.

  • Avec les ministres de l’Économie et ceux de la Coopération et de l’Aide au développement, car les écarts grandissants entre riches et pauvres au niveau mondial créent des mouvements de populations démunies cherchant, légitimement, de meilleures conditions de vie ailleurs.

  • Avec les ministres de la Justice pour que les droits humains soient partout respectés, quelle que soit la situation et l’origine de la personne.

Nous refusons les réponses simplistes, univoques et démagogiques et sommes inquiets des signaux envoyés par cette réunion.
Alors nous accusons

  • Nous accusons l’Europe de ne pas agir à la hauteur du drame vécu par nos sœurs et frères humains qui lui demandent secours.

  • Nous accusons les irresponsables des nations, réunis en COP, d’être incapables de prendre les décisions urgentes pour lutter contre l’aggravation de la situation climatique, que toutes les études scientifiques démontrent. Ce faisant, ils mettent sur les routes les réfugiés affamés, manquant d’eau. L’écart scandaleux entre leurs déclarations et leurs actes va directement empirer ces migrations.

  • Nous accusons les marchands d’armes parmi lesquels la France, 3° vendeur au monde, d’entretenir les moyens pour les belligérants de poursuivre les conflits qui mettent sur les routes les populations civiles, tour à tour otages et victimes dîtes collatérales.

  • Nous accusons les irresponsables de l’extrême-droite et de la droite de plus en plus dure d’exciter les peuples contre ceux qui cherchent aide et protection dans notre pays, en les désignant comme responsables des situations d’inégalité, d’injustice, de pauvreté, d’insécurité de nombre de nos compatriotes. En dressant les uns contre les autres, ils contribuent à diviser le pays et à pousser au crime contre les humains, directement ou indirectement.

Partager un peu de nos surplus, de notre espace, de nos richesses insolentes avec ceux qui n’ont plus rien, est-ce si difficile ?
 

Mais aussi, nous espérons…
Les phénomènes migratoires ne sont pas nouveaux.
A différentes périodes de notre histoire récente, la France comme nombre de pays européens a accueilli des Italiens, des Portugais, des Espagnols, des Polonais pour nos mines de charbon, des ressortissants du Maghreb quand il a fallu reconstruire le pays après la 2° guerre mondiale, des Vietnamiens (souvenons-nous des boat-people), aujourd’hui des ressortissants du Moyen-Orient fuyant les dictateurs et autres talibans et de pays d’Afrique fuyant la famine.
Dans l’histoire, chaque vague a suscité le rejet par certains puis a été tolérée, enfin intégrée. Nombre de français qui ont porté haut l’image de notre pays sont issus de l’immigration.
Contrairement à ce que prétendent quelques démagogues en mal de publicité et quelques médias en mal d’audience, sur le terrain l’accueil et l’intégration fonctionnent car la plupart des Français y sont ouverts et beaucoup s’y emploient activement, dont des associations auxquelles il faut rendre hommage.

 

  • Nous espérons que nos concitoyens et leurs élus reconnaîtront la part qu'ont pris et que prennent encore ces migrants au développement de notre pays en nous apportant leur force de travail et à son enrichissement culturel.


  • Nous espérons que nos concitoyens et leurs élus reconnaîtront que migrer n'est le plus souvent pas un choix, mais une nécessité vitale. Sauf à considérer que les valeurs d'entraide et d'assistance aux personnes en danger ne font plus partie de notre culture, nous affirmons que le mot fraternité, inscrit au fronton de nos mairies, a une valeur universelle qu’il faut défendre.


  • Nous espérons que nos concitoyens et leurs élus reconnaîtront que l'immense majorité des migrants vient dans une optique pacifique et désire s'intégrer. Que parmi eux quelques-uns acceptent difficilement nos modes de vie ne saurait constituer un motif de rejet de tous.


  • Nous espérons que nos concitoyens et leurs élus reconnaîtront que ceux qui rejettent en bloc les migrants sont ceux qui les fréquentent le moins. L'inversion frappante entre la carte du vote pour l'extrême droite et celle de l'implantation des migrants illustre parfaitement ce phénomène. 


  • Nous espérons que l’Ecole et les lieux de formation et d’animation continueront leur mission d’accueil et d’éducation des enfants et des jeunes réfugiés, comme ils le font contre vent et marées.


  • Nous espérons que l’Etat français et d’autres Etats européens, par leurs administrations, cesseront de faire ce qu’ils peuvent pour empêcher les demandeurs d’asile de trouver chez nous la sécurité et un avenir à laquelle ils aspirent.

Refusant de céder au climat de rejet, nous espérons que la valeur supérieure de solidarité envers tout humain en détresse sera défendue en Europe.
 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de nos sentiments respectueux.
 

Signataires :
Emmanuelle ARNOULT, Présidente d’Ambition Commune


Ali LAAZAOUI, 1er Secrétaire de la section Socialiste de Tourcoing 


Nicolas DORLET et Sofya GROULT, co-responsables de la section Génération.s- Tourcoing-Vallée de la Lys